Vegas nous assaille à peine assis dans le taxi. Une voix off de crooner sortant des enceintes arrières détaille l’offre du Wynn. Une tablette attachée au plafond seconde visuellement ses propos. Restaurants, boîtes de nuits. Only the best. Le crooner name droppe les plus grandes marques de luxe et se targue d’avoir le seul magasin officiel Rolex ainsi que le plus grand garage Ferrari aux Etats-Unis.
Ils ont un bar Sinatra aussi, avec un cocktail Sinatra qui dixit le crooner: “bien que Sinatra n’en ait jamais bu je suis sûr qu’il l’aurait aimé.” Le speech se termine avec insistance sur le fait que Vegas va tout faire pour qu’on s’amuse, que nous passions un bon moment.
« Fun is the key. »
Bienvenue au parc d’attraction pour adultes et accessoirement le plus gigantesque temple de la consommation au monde.

Une vague odeur de cigarette à l’arrivée dans le hall du Caesar Palace, puis ensuite la réalisation que les casinos sont fumeurs. TOUJOURS FUMEURS EN 2013.
Le premier contact est la galerie marchande du Caesar Palace. Le plafond simule le ciel et passe progressivement du jour à la nuit. Les allées s’apparentent à un set de cinéma ambiance Rome ancienne. Moulures, colonnes, statues et une succession de boutiques de luxe juste complètement débile.
Apres la thématique Rome ancienne du Caesar Palace, c’est le Venetian et son Italie de la Renaissance, avec son Venise en carton pate, ses canaux peuplés de gondoles et de chanteurs de guimauve italienne. On déjeune à une terrasse au bord de l’eau dans un cadre 100% fake.

Le soir venu, complètement à plat après un après-midi passé à jouer au Wynn, nous allons diner au Mesa Grill. Sorte de steak house / nouvelle cuisine censée être une des offres prestigieuses du Caesar Palace. Ils y servent des steaks de 1,5kg si l’envie y est.
Le lieu est immense. Clairement un architecte d’intérieur s’est donné bien du mal, comme d’autres d’ailleurs avec chaque mètre carré de cette ville mega fun times exubérante.
La nourriture au Mesa est fraîche, les portions généreuses, la présentation élaborée, les prix relativement élevés. Mais les plats eux mêmes manquent de finesse, pour moi c’est un fromage qui phagocyte le tout, pour elle c’est un épice.
Le lendemain matin, par hasard nous tombons sur un Double Decker Bus Tour et nous embarquons pour une visite de la ville.
Anecdotes à dormir debout à chaque coin de rue, vieux endroits décatis. Chantiers pharaoniques en suspens depuis la crise économique. Evocation de la mafia comme si c’était devenu politiquement correct et cool. La piscine aux requins du Golden Nugget. Les thématiques super bateaux pour séduire le plus grand nombre (Egypte, Tropiques, Cirques, Chevaliers). Les casinos plus modernes qui se détournent des dites thématiques pour se focaliser sur une expérience “luxe”…
Nous revenons sur le Strip, passons devant le Bellagio et son spectacle du bassin d’eau qui servait de conclusion a Ocean’s Eleven puis nous nous engouffrons dans le Paris. Un casino compilant l’ambiance Parisienne dans la même veine que les Italies en carton pâte.

Là, les pieds de la fake tour Eiffel cohabitent avec la mini version du pont Alexandre III. Colonnes Maurice avec des affiches des Jersey Boys et des slots machines partout. Toujours les mêmes machines d’ailleurs: Sex and the city, The Price is Right, Superman, Wizard of Oz, Godzilla, Kronos, Zeus, Cleopatra, Deal or no Deal, Black Widow, Golden Dragon, Rich Uncle, Universal Monsters, etc.
Au diable l’habillage. Juste joue.
Nous prenons des croques monsieur à la terrasse du café de l’île st louis. J’ai l’impression d’avaler une motte de beurre. Nous nous promenons ensuite dans les rues du Paris et rions des panneaux en français dont les inscriptions sont toutes précédées d’un article. Comme « le internet ».
Le point d’orgue du voyage fut le show Beatles LOVE du Cirque du Soleil. Comme du Méliès en live, danseurs et acrobates hors pairs, transitions incroyables, machines steampunk radio-commandées. Overload d’information et d’action. Les Beatles pliés aux délires du Cirque dans un show néanmoins beaucoup plus intime que celui du lancement du Kinect de l’E3 2009. On en sort saoulé mais heureux, et tout est oublié dès le lendemain matin.
A plusieurs reprises pendant le séjour, j’ai éprouvé le besoin de sortir dans la rue pour respirer au grand air et échapper un instant à la cacophonie enfumée des Casinos.

Le gigantisme, collage de formes et de couleurs en surimpression, surcharge de détails à perte de vue.
Las Vegas est une anomalie boursoufflée, un lieu où tout a un prix, où tout est permis. Une cité dont l’existence même est liée à l’argent et dont chaque bâtiment, chaque salle, chaque attraction, chaque machine, chaque table est conçu pour soustraire cet argent. Les thématiques tapent dans les plus grands dénominateurs communs, les jeux sont aguicheurs et simples, l’encadrement s’assure que le client soit le plus à l’aise possible.
Orchestration de plaisirs stériles, nous vivons dans l’instant avant de l’oublier aussitôt. A bien y réfléchir, Las Vegas m’a beaucoup appris sur mon métier, mais aussi sur la direction plus globale du divertissement aujourd’hui.
“Go basic, go big, make them feel not think, promise the moon and get the money.”